La construction à la fin des années 1990 du Système d’Oléoducs de la Baltique (BTS[1]) jusqu’au nouveau terminal de Primorsk, a déjà permis à la Russie de contourner les États baltes, qui détenaient une situation de quasi-monopole sur la Baltique. Bien qu’il n’ait été achevé qu’en 2002, le terminal portuaire de Primorsk, construit ex-nihilo à la fin des années 1990, est déjà le premier port pétrolier de la Baltique, et sa capacité d’exportation continue d’être élargie. C’est l’une des plus importantes réussites de la Russie dans le domaine de l’exportation pétrolière. L’opérateur du projet, la compagnie Transneft, confirme l’importance (géo-)politique de ce projet sur son site officiel : « la construction d’un nouveau terminal pétrolier russe à Primorsk répond pleinement aux objectifs fixés par le président et le gouvernement de la Fédération russe, ainsi qu’aux intérêts économiques et stratégiques de la Russie, dans la mesure où, suite à la chute de l’URSS, la Russie n’a conservé qu’un seul port en eaux profondes, à Novorossiisk. L’évacuation du pétrole par le système BTS permettra de se défaire des services onéreux offerts par les États de transit. (...) La réalisation de ce projet permettra de réorienter la plus grande partie de l’exportation nationale de brut vers les ports russes, ce qui empêchera une dépendance croissante du commerce extérieur russe vis-à-vis de la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie et la Finlande » (Transneft’, 2005). 

De fait, depuis l’ouverture du BTS, le transit par les pays baltes a sensiblement baissé. Ainsi, les exportations pétrolières par Ventspils, le port pétrolier le plus important des républiques baltes, ont baissé de 30 % depuis l’an 2000 suite à l’arrêt des livraisons passant par le réseau de Transneft, tandis que Primorsk, devenu le plus grand port pétrolier russe, exporte désormais plus que les ports des trois républiques baltes réunies (EIA, 07/2006).

Cependant, la Russie reste extrêmement dépendante de l’Ukraine pour ses exportations d’hydrocarbures. Certes, l’achèvement en 1999 du gazoduc « Iamal-Europe » passant par la Biélorussie et la Pologne a permis de diminuer quelque peu cette dépendance dans le domaine gazier. Pourtant, environ 80 % des exportations de gaz russe vers l’Europe passent toujours par le territoire ukrainien. C’est la raison pour laquelle Gazprom souhaitait augmenter la capacité du gazoduc « Iamal-Europe » grâce à la construction d’un nouveau tronçon « Iamal II » par la Pologne. Mais après que les relations avec la Biélorussie (et la Pologne) se sont détériorées, Gazprom a décidé de chercher un troisième itinéraire vers l’Europe occidentale. La compagnie russe a proposé à ses partenaires occidentaux de construire un gazoduc au fond de la mer Baltique afin d’évacuer le gaz directement en Europe du Nord. Dans un premier temps, il semblait que par cette proposition la Russie voulait simplement faire pression sur l’Ukraine, la Biélorussie et la Pologne. Mais dans un contexte de croissance des prix des hydrocarbures et de tensions avec les pays de transit, le projet a reçu le soutien des partenaires occidentaux de Gazprom. Ainsi, le président de la compagnie gazière allemande Wintershall souligne que «le gaz naturel russe acquiert une importance grandissante pour les pays d’Europe centrale et occidentale, dans la mesure où la production de gaz en mer du Nord est en diminution, alors même que les besoins augmentent » (Wintershall, 2005).

Le « Gazoduc Nord-Européen » traversera la mer Baltique en partant du port russe de Vyborg pour arriver aux côtes allemandes. A ce gazoduc principal pourraient être ajoutées des liaisons secondaires vers Kaliningrad, la Finlande, la Suède et la Grande-Bretagne. La longueur totale du nouveau gazoduc – il faut ajouter à la liaison sous-marine une partie terrestre en Russie – représentera environ 2000 kilomètres, son coût est estimé à plus de 5.7 milliards de dollars et devrait entrer en fonction vers 2010[2].



[1] Sigle russe pour Baltijskaja Truboprovodnaja Sistema (Système d’Oléoducs de la Baltique)

[2] voir le site consacré au projet www.nord-stream.com