Communications

La Biélorussie entre russification et européanisation

26 novembre 2010

Journées d'études "Les valeurs politiques européennes au prisme des PECO et de la CEI", Institut Européen Est-Ouest, Université Lille III

Extrait : "Ainsi, la Biélorussie, dernier État européen à appliquer la peine de mort, est le seul pays du continent à ne pas faire partie du Conseil de l’Europe. Et si elle est membre de l’OSCE depuis 1992, les périodes de tensions avec cette institution, notamment au moment des dernières élections présidentielles, ont abouti en janvier 2011 à la fermeture du bureau de l’OSCE à Minsk. Quant aux relations avec l’OTAN, elles se limitent au Partenariat pour la paix (PPP) auquel ont accès un grand nombre de pays indépendamment de leur régime politique à l’image des républiques d’Asie centrale telles que l’Ouzbékistan ou le Turkménistan. Et même dans ce cadre peu contraignant, la coopération reste très restreinte du fait des tensions entre les deux parties : en 1999, Minsk suspend toute coopération avec l’OTAN afin de dénoncer la campagne de bombardement contre la Serbie qui n’avait pas reçu l’aval de l’ONU, ce à quoi l’Assemblée parlementaire de l’OTAN a répondu la même année par une résolution critiquant le manque de démocratie en Biélorussie. De fait, le pays va plus loin que la Russie dans la défiance vis-à-vis des valeurs propagées par les institutions européennes. À cet égard, l’application de la peine de mort en Biélorussie est sans aucun doute l’élément le plus flagrant de la singularité biélorusse dans l’espace européen. Lors d’un référendum de 1996, les Biélorusses se sont prononcés à 85 % pour le maintien de la peine capitale héritée de l’URSS. En Biélorussie, 14 crimes sont passibles de la peine de mort. On estime qu’au moins 200 exécutions ont eu lieu depuis l'indépendance en 1991, dont deux en mars 2010, chiffres élevés pour un pays de seulement 10 millions d’habitants. C’est certes un obstacle pour l’adhésion de la Biélorussie au Conseil de l’Europe et, dans une moindre mesure, dans le dialogue avec l’UE, mais qui n’est pas perçu comme un problème pour les autorités biélorusses actuelles. Il ne s’agit pas seulement d’échapper aux jugements du Conseil de l’Europe. En réalité, l’application de la peine de mort, qui semble soutenue par une majorité de Biélorusses, sert également d’argument au régime en place pour justifier la singularité des orientations géopolitiques du pays. Ainsi, d’une position « défensive » sur la question de la démocratie, elles peuvent se placer sur une position « offensive » sur le terrain des valeurs et d’un certain modèle (ou contre-modèle) de société. Dans ce contexte, elles ont beau jeu de rappeler que l’application par les États-Unis de la peine de mort n’est pas un obstacle au partenariat stratégique entre Bruxelles et Washington."

La restructuration des relations entre la Russie et son étranger proche

Novembre 2009

Journées d'études "Russie d'hier et d'aujourd'hui", Université catholique de Lille.

Extrait : "De fait, la crise que connaît la Russie dans les années 1990 l’incite à se replier sur ses problèmes intérieurs. Les réformes économiques entraînent une réorientation du commerce extérieur russe en faveur des échanges avec l’étranger lointain. Les liens économiques avec les républiques ex-soviétiques souffrent de l’éclatement et de la crise économique. Désormais, la Russie exporte ses matières premières vers l’Occident, elle en importe les produits finis. Les républiques post-soviétiques en crise économique, devenues souvent concurrentes pour l’exportation des hydrocarbures ou des produits métallurgiques, ne sont pas des partenaires économiques attirants. Il y a donc un décalage important entre la volonté politique de maintenir des liens forts avec l’étranger proche et les évolutions économiques qui tendent à renforcer les processus centrifuges. De fait, la Russie est paradoxalement le pays qui a le plus rapidement réorienté ses échanges extérieurs au détriment de liens avec les républiques ex-soviétiques. Cette tendance, née de la crise économique, a été renforcée au début des années 2000 par la forte augmentation du prix des hydrocarbures, qui a engendré une croissance quasi-exponentielle de la valeur du commerce extérieur russe avec l’étranger lointain."

South Stream contre Nabucco

Août 2009

Emission "A la Une" sur France 24

Retour sur la bataille des gazoducs entre Bruxelles et Moscou. Un récent projet russe pourrait menacer Nabucco, le gazoduc pensé par Bruxelles pour favoriser l'indépendance énergétique de l'Union Européenne.

Existe-t-il un syndrome post-impérial biélorusse?

Juin 2009

séminaire doctoral de l'INALCO "Entre mythe et histoire : la mémoire des empires" , Centre de recherche de la Belle-Gabrielle, INALCO.

Extrait : "C’est justement les relations politiques avec les autres héritiers de la Rous’ et avant tout avec la Russie qui cristallisent les débats autour de l’avenir de la Biélorussie. En effet, les projets d’Union politique portés par Alexandre Loukachenko font craindre aux nationalistes biélorusses l’annexion pure-et-simple de la Biélorussie par une Russie néo-impériale. Effectivement, du côté russe, Vladimir Poutine a ouvertement formulé une telle proposition, mais c’était avant tout pour déstabiliser son collègue biélorusse qui avait fait du projet d’union son fond de commerce afin de soutirer d'importantes préférences économiques de la part de Moscou. Or, le président biélorusse s’est toujours bien gardé de signer un quelconque document qui signifierait une annexion de la Biélorussie. Dans l’ensemble des institutions créées ou qui doivent l’être, les deux Etats sont mis sur un stricte pied d’égalité au plan juridique. L’idée de Loukachenko serait plutôt de créer une sorte de confédération de deux Etats gardant une grande partie de leurs compétences. Il est d’ailleurs assez paradoxal de constater que ce projet d’Union Russie-Biélorussie, porté par cette dernière, ressemble à certains égards à l’union entre la Lituanie et la Pologne au sein de la Rzezcpospolita. En faisant du Duché de Lituanie l’ancêtre de la Biélorussie, les Biélorusses oublient un peu vite que le Duché a progressivement perdu de son autonomie au profit de l’Etat polonais. Le risque pour la Biélorussie actuelle est de connaître à moyen ou plus long terme le même sort, mais cette fois-ci au profit de la Russie."