Biélorussie : la fin d'une exception?

politique internationaleLa signature, en février 2015, des accords de Minsk destinés à résoudre la crise ukrainienne a attiré l’attention de la communauté internationale sur la Biélorussie. En accueillant dans sa capitale ces pourparlers qui réunirent Petro Porochenko, Vladimir Poutine, François Hollande et Angela Merkel, la « dernière dictature d’Europe » apparaissait soudain comme un facilitateur de paix permettant la reprise du dialogue entre les Ukrainiens, les Russes et les Occidentaux La Biélorussie n’en demeure pas moins le régime le plus fermé du Vieux Continent. L’inamovible et très autoritaire président Alexandre Loukachenko dirige depuis plus de 22 ans le seul État européen à appliquer la peine de mort, raison pour laquelle il ne fait pas partie du Conseil de l’Europe. La Biélorussie est également l’unique pays de la région à conserver une économie dirigiste largement dominée par les entreprises étatiques.

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Politique internationale ,n°154, hiver 2016-2017, p. 225-236

Union européenne ou Russie : le dilemme ukrainien

L’intégration européenne apparaît depuis près de 20 ans comme l’une des composantes prioritaires de la politique extérieure ukrainienne. Le rapprochement avec l’Union européenne a l’avantage de bénéficier d’un certain consensus, tant au sein des élites que de la société ukrainiennes, à l’inverse d’une adhésion à l’OTAN qui est très majoritairement rejetée par la population, ou bien, au contraire, de l’adhésion à une structure pro-russe qui ravive de fortes tensions entre Ukraine « nationaliste » et Ukraine « russophone ». De fait, les changements au sommet de l’État, qui ont pu apparaître comme de véritables ruptures en termes géopolitiques (arrivée au pouvoir du très pro-américain Viktor Iouchtchenko à la faveur de la « révolution orange » fin 2004, retour du « pro-russe » Viktor Ianoukovitch en 2010) n’ont pas véritablement affecté la priorité européenne affichée par les élites politiques ukrainiennes.


La Biélorussie : entre russification et européanisation

Depuis l’élargissement de 2004, la Biélorussie est frontalière de l’Union européenne (UE). Pourtant, contrairement à l’Ukraine et à la Moldavie, l’État biélorusse ne s’est pas donné pour objectif d’adhérer à l’UE. La Biélorussie a préféré les projets d’intégration portés par Moscou. Dans le même temps, le pouvoir biélorusse insiste de manière constante sur son refus d’un modèle qui serait imposé de l’extérieur par les institutions occidentales. Cette relation particulière au processus de construction européenne est le plus souvent réduite à la seule question du régime politique « néo-soviétique » dirigé par Alexandre Loukachenko depuis 1994. Pourtant, au-delà du régime en place, il s’agit de s’interroger sur les représentations de la société biélorusse au sujet de l’Europe et de ses institutions. Celles-ci sont fortement conditionnées par l’évolution d’une identité biélorusse marquée par un fort degré de russification. Or, si le référent national semble de mieux en mieux intégré par les Biélorusses, l’idée d’une « identité européenne » en tant que référent supra-national est loin de faire l’unanimité tant elle semble entrer en concurrence avec l’idée d’un espace civilisationnel russo-centré. De fait, au-delà du cas biélorusse, la question se pose des limites de « l’identité européenne » dans cette partie de l’Europe orientale, comme l’illustre le retour au pouvoir en Ukraine de forces politiques qualifiées de « pro-russes ».

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in Maryline Dupont-Dobrzynski M. et Garik Galstyan G. (dir.), Les influences du modèles de gouvernance de l’Union européenne sur les PECO et la CEI, ouvrage collectif, Institut européen Est-Ouest, ENS de Lyon, 2011

La russification s’accompagne-t-elle d’une vision du monde russo-centrée ? Le cas biélorusse

La Biélorussie est un jeune État qui semble avoir d’importantes difficultés à envisager son identité dans les limites du territoire national. Ces difficultés renvoient à l’histoire de la Biélorussie qui, jusqu’en 1991, a toujours fait partie d’empires ou du moins d’États multinationaux (Grand-Duché de Lituanie, État polono-lituanien, Empire russe, Union soviétique). Les velléités d’union politique avec la Russie s’inscrivent dans cette perspective. La complexité des processus identitaires en cours relève donc à la fois des héritages d’une histoire multiséculaire au sein de grands empires et des nouvelles réalités créées par l’indépendance. En effet, la construction de l’identité biélorusse issue de la « fabrique soviétique des nations » entre en interrelation dynamique avec les représentations que se font les Biélorusses de leur culture et de leur pays par rapport au monde extérieur. Ainsi, l’identité biélorusse contemporaine est marquée par une poursuite des processus de russification alors que l’indépendance semblait devoir y mettre un terme.

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